Le prédicateur Georg Scherer ou la perception de l’Histoire Sainte dans l’ici et maintenant viennois (1585)

Clarisse Roche

Resumen


Résumé: Lucien Febvre a mis en évidence comment dans les années 1540-1550 on était passé d’un siècle essentiellement « auditif » à un siècle « visuel ». Cette révolution sensorielle fut en grande partie l’oeuvre de la Compagnie de Jé­sus dont les membres, par leurs élaborations théologiques, pastorales et théâtrales placèrent l’image au devant de la scène de la Réforme catholique. Avec son Mayenpredigt de 1585, le jésuite viennois Georg Scherer (1540-1605) se servait des paysages qui entouraient la ville de Vienne comme d’un livre d’images chrétien­nes. Ce grand livre du monde que déchiffrait Georg Scherer pour ses auditeurs portait en lui les stigmates d’une l’Histoire Sainte biblique qui avait pour horizon le Salut. Selon Scherer, les épisodes de la Création, de la Résurrection des morts et la vie éternelle étaient toujours perceptibles dans le cadre spatio-temporel des fidèles, la nature autrichienne des années 1580. Le monde terrestre, dans sa contemporanéité la plus concrète, était susceptible d’une dou­ble lecture, si bien que derrière une histoire contemporaine de la rupture historique fruit de la Réformation, le jésuite dévoilait la con­tinuité de l’histoire intemporelle du Salut. La méthode de Scherer relevait cependant d’un double mouvement dialectique : la nature re­naissante de mai dans toutes ses ramifications devait évoquer la Bible, ouvrage seul apte in­versement à fournir les clés interprétatives du monde environnant. Cette sacralisation d’un monde contemporain partout perceptible jus­tifiait finalement une sacralisation accrue de l’Eglise. En affirmant l’Eglise comme la seu­le médiatrice valable entre le fidèle et le réel, Georg Scherer opérait un réenchantement du monde censé rattacher l’histoire des Viennois de la fin du XVIe siècle à la continuité d’une histoire catholique perpétuée sous l’égide de l’Eglise romaine. Alors que dans les années 1580 la ville de Vienne, à l’image de toute la Basse-Autriche, était travaillée par le schisme religieux, Scherer sacralisait l’ici et maintenant de fidèles déchirés dans la foi pour mieux les intégrer collectivement à un au-delà éternel.

Abstract: Lucien Febvre argued that Europe saw a shift in the years 1540-1550 from an audi­tory to a visual culture. This sensorial revo­lution resulted in large part from the work of the Company of Jesus, whose members, through their theological, pastoral and thea­trical productions, put the image in the fo­reground of the Catholic Reformation. The Viennese Jesuit Georg Scherer (1540-1605) used the landscapes surrounding the city of Vienna as a book of Christian images, in his Mayenpredigt of 1585. The great book of the world that Georg Scherer deciphered for his readers bore the stigmata of a sacred bi­blical history whose horizon was salvation itself. For Scherer, the episodes of Creation, the Resurrection of the dead and eternal life were always perceptible in the spatio-tempo­ral framework of the faithful – the Austrian nature of 1580s. The terrestrial world, in its most concrete contemporaneity, was capable of being read two ways, and that behind the contemporary history of the historical break fruit of the Reformation, Scherer unveiled the continuity of the intemporal history of Salvation. Yet his method depended on a dia­lectical movement: the rebirth of nature, in the month of May, with all its ramifications had to recall the Bible, the only work capable, inversely, of providing the interpretative keys to the surrounding world. This omnipresent sanctification of the contemporary world fi­nally justified a greater sanctification of the Church. By affirming the Church as the only valid mediator between the faithful and the real, Georg Scherer operated a re-enchante­ment of the world, intended to link the his­tory of the Viennese people of the end of the 16th century to the continuity of a Catholic history perpetuated under the aegis of the Roman church. When the city of Vienna in the 1580s, like the rest of Lower Austria, was wracked by religious schism, Scherer sancti­fied the here-and-now of the faithful, torn in their faith, in order to integrate them in the hereafter.

Mots clés: Prédication catholique, Littérature pastorale, Jé­suites, Georg Scherer, Vienne au XVIe siècle, Histoire moderne, Histoire de l’Autriche, Histoi­re intellectuelle à l’époque moderne, Histoire de l’Eglise, Contre-Réforme.

Key words: Catholic Preaching, Pastoral Literature, Je­suits, Georg Scherer, 16th century Vienna, Early Modern History, Austrian Studies, Early Modern Intellectual History, Church History, Counter-Reformation.


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Revista de Historiografía editada por el Instituto de Historiografía Julio Caro Baroja. Universidad Carlos III de Madrid

EISSN: 2445-0057

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