Les archives sacrées de Ferdinand Ughelli : Un «miroir» du gouvernement de l’Église?

Caroline Callard

Resumen


Résumé: Pour Paolo Prodi, l’histoire ecclésiastique serait entrée, à la suite de la condamnation de Carlo Sigonio dans une longue période de décadence, marquée par un lo­calisme étroit et une sécheresse, fruit d’une censure fé­roce, de la fin du XVIe siècle jusqu’au début du XVIIIe siècle. Simon Ditchfield a vigoureusement combattu cette idée, en cherchant à mettre au jour l’intensité du travail réalisé par les érudits italiens pour parvenir à ac­corder les nouveaux canons liturgiques romains avec les traditions locales, et ainsi « universaliser le local ». Dans le cadre de sa démonstration, l’abbé cistercien d’origine florentine, Ferdinand Ughelli (1596-1670) est une figure fondamentale : son Italia Sacra (1644-1662), histoire des évêques de la Péninsule, aurait per­mi l’unification du travail de tous les petits « Baronius locaux » d’Italie. Poursuivant les intuitions de Giorgio Morelli, Simon Ditchfield insiste tout particulière­ment sur la méthode mise en oeuvre par le Florentin pour réaliser son « histoire italienne » : la mobilisation d’un réseau de correspondants couvrant l’intégralité du territoire. Ses 8 volumes de correspondance (483 correspondants, 1533 lettres) attestent l’intensité de la collaboration qui s’engage entre Rome et les diocè­ses italiens. La construction de l’ouvrage qui combine écriture de l’histoire (relevant de l’autorité d’un seul) et publication de sources (nécessitant la participation d’un grand nombre d’individus), se prête à cette co-éla­boration. Je souhaiterais éclairer un aspect différent de l’oeuvre d’Ughelli, en déplaçant l’attention de la méthode au contenu même délivré par cette somme imposante, contenu sur lequel continue de peser le jugement né­gatif des historiens. J’aimerais défendre la thèse selon laquelle l’Italia Sacra met en scène, dans le texte même, l’image d’un dialogue fécond entre Rome et les provin­ces, dialogue que la nationalité florentine de l’auteur contribue en outre à décentrer fréquemment. La co-élaboration d’une histoire de l’Eglise italienne par le recours à de nombreux contributeurs ne doit donc pas s’entendre au seul niveau de la méthode employée mais nous paraît plus fondamentalement devoir composer une image illustrée du gouvernement de l’Eglise, bien loin de la seule affirmation de la centralité pontificale.

Abstract: According to Paolo Prodi, Church history entered a period of decay after Carlo Sigonio’s condamna­tion, a time marked by narrow localism and fier­ce censorship. Simon Ditchfield fought vigorously against this idea, trying to highlight the huge work accomplished by italian scholars in order to har­monize the new Roman liturgic rites with local tra­ditions, thus «universalizing the local». Within the framework of his demonstration, the Florentine cistercian abbot Ferdinando Ughelli (1596-1670) turns out as a key figure. According to Ditchfield, his Italia Sacra (1644-1662), a history of Italian bis­hops, allowed him to the gather all the little «lo­cal Baronius» in Italy. Following the intuition of Giorgio Morelli, Simon Ditchfield lays the stress on the method used by the Florentine writer to reali­ze what appears to be the first «Italian history» in early modern time: the mobilization of a network of correspondents spread all over the territory. His eight volumes of 1533 letters give evidence of the intensity of the collaboration between Rome and the Italian dioceses. My aim here, following the paths open by Morelli and Diecthfield, is to place the emphasis on another aspect of Ughelli’s work. I would like to reconsider the content, frequently misjudged by critics, of Ughelli’s story, which is not just worth by the method he used, I think. I would like to argue that the Italia Sacra stages, in the text itself, a fruitful dialogue between Rome and the provinces. The co-elaboration of an Italian church history appears to built an image of the go­vernment of the Church, far from being the bare affirmation of the pope’s centrality. This political approach aims to participate in the general reap­praisal of Ughelli’s Italia Sacra within the frame of post-Tridentine culture.

Mots clés: Ferdinando Ughelli, histoire ecclésiastique, entreprise édi­toriale, érudition, faussaire, historiographie républicaine, Scipione Ammirato, Nicolas Machiavel, guerre de Castro.

Key words: Ferdinando Ughelli, Church History, censorship, erudition, forgery, republican historiography, Scipio­ne Ammirato, Niccolò Machiavelli, war of Castro.


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Revista de Historiografía editada por el Instituto de Historiografía Julio Caro Baroja. Universidad Carlos III de Madrid

EISSN: 2445-0057

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